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Le Vivant ne se mettra jamais d’accord

Le Vivant ne se mettra jamais d’accord Posted on septembre 6, 2020Leave a comment
Informaticien, décolonial, spinoziste, auteur de SF. Réunion, Lyon, 93 Déraciné, enseveli, baladé, agi. La vie étant ce qu'elle est, le pessimisme est impossible.

Très vite la pensée spinoziste donne la couleur : votre morale est une tromperie non seulement dangereuse mais surtout infondée.

Le Bien le Mal ? Non. Le bon et le mauvais, oui. Et toujours selon la situation et les désirs en présence. Impensableuhhh ! pour celui ou celle pour qui mentir est mal, ab-so-lu-ment (de façon absolue, définitive et circulez quoi). Et ceci impensable parce que c’est paradoxale : la morale est absolue (par définition même) et de l’autre côté, l’éthique s’applique à la matérialité (les corps pensant, corps vivants, corps inertes) de la situation. L’Absolu et la Matière se clashent. Contradiction ? Le paradoxe est un inconfort souvent vite répondu.

  • Je suis si petit et le monde est si grand

Prenons l’Absurde, celle que décrit Camus : d’un côté l’infini, de l’autre des corps finis ; la rencontre des deux côtés, produit le sentiment d’absurde. Et précisément, ça devient tendu lorsque nous, êtres de matière fini, nous efforçons à nous réfugier dans l' »infini » : la matière n’est pas quelque chose que l’on ghoste – efface – longtemps. Le refuge des « idées », sauve uniquement si une place est faite aux corps. Sinon la névrose gonfle.

  • La boîte de Pandore

« Tu ne tueras point » quand même non ? Ben oui. Comme si abolir la morale (qui est absolue par définition, je le rappelle), c’est choisir le « on fait n’imp ». C’est ça, regarder en face un paradoxe. Un paradoxe force à réfléchir le « si c’est pas l’un c’est forcément l’autre ». Si c’est pas gentil, c’est méchant ? Si c’est pas coupable, c’est innocent ? Regarder un paradoxe en face n’est pas faire dans la nuance non plus : un peu coupable et beaucoup innocent ? Le « Think Out Of the Box » cher aux enfants de la gagne pourrait presque nous aider mais a-t-on vraiment le droit de l’utiliser pour autre chose qu’innover et la performance ? J’ai peur de blasphémer.

  • Les derniers ne seront pas premiers : la course est annulée

Spinoza renverse la boîte. Il la brûle aussi. Il fait ce qu’à fait Einstein avec la relativité générale. Il amène une nouvelle façon de considérer les choses. Les évidences s’en retrouvent moins évidentes maiiiis bon, ça explique comment l’espace et le temps ne sont pas dissociables à loisir (là c’est Einstein) et que, le corps et l’esprit non plus (là c’est Spinoza). Cela fait toujours couler beaucoup d’encre. L’Éthique de Spinoza déloge l' »âme » de sa place de choix dans le monde des Idées immaculées et impérissables. Les défenseurs des Cerveaux cosmiques y sont encore à affirmer la haute dignité de l’intellect, en ne mentionnant le corporel qu’avec l’évidence de son infériorité.

  • Morale Versus Éthique, les paris sont ouverts

L’éthique s’entend communément comme synonyme à la morale, en l’occurrence : une morale dans une situation donnée. Mais est-ce vraiment la peine de garder un pied dans cet Absolu moral qui empêche radicalement de réhabiliter les corps, les corps pensant, vivant et même l’inerte ? L’éthique implique plutôt de considérer la conflictualité émanant des corps en présence et d’agir en fonction.

  • Ça va, on fait que discuter, pose ce couteau

On y est.

Penser moral c’est penser la prescription morale avant d’entendre les affects. Penser moral c’est recouvrir le bruit parasite afin d’accéder aux clartés idéelles. Penser moral c’est attendre des corps qu’ils se plient à la règle. Quelle surprise, quel étonnement lorsque l’on vient à dire qu’il n’y a aucune raison pour que nous soyons tous d’accord. Aucune raison que nous ayons envie de la même chose. Étonnement toujours lorsque nous acceptons le conflit sans céder aux consensus.

  • Éloge du conflit

S’ouvrir au conflit c’est rendre sa voix aux corps, ceux-là qui sont irréductiblement singuliers et divers. Une discussion éthique ne peut qu’être conflictuelle puisqu’elle entend le divers. Une discussion morale est un entonnoir vers le consensus moral. Bien, mal, ou la variante : ce qui est vrai est bien, ce qui est faux est mal. Bon ok. Mais qu’en dites-vous ? vous qui avez un point de vue particulier sur le monde ? Le divers diverge non ? On ne pèse pas les corps avec une balance abstraite – et unique qui plus est.

  • Oui et non, ni de gauche ni de droite, pour la paix dans le monde quoi

La recherche du consensus serait la recherche de la non violence ? S’ouvrir au conflit serait s’en remettre à la barbarie ? Si c’est pas blanc, c’est… ?

  • Sentiment d’insécurité

La frilosité à considérer le conflit tient à l’idée qu’on se fait du désaccord : un pas fatal dans le chaos et la guerre sanglante. Le désaccord donnerait directement sur une béance, une fosse septique de violence. Le désaccord est devenu la garantie que l’accord, le consensus est le préalable à l’harmonie et la paix. Or, la recherche de la concorde est un écrasement, une violence prodigieuse faite aux corps.

  • Le couple existe, n’est ni l’un ni l’autre, ET, l’un et l’autre continuent d’exister

Le Vivant et le divers ne se mettront jamais d’accord mais cela ne les empêchera pas de composer du commun, de faire société et sans être écrasé par la raison venue d’en haut : la transcendance morale, doctrinale ou autre. Étonnant non ?

« Pliez-vous à la Raison, à la Vérité ou peu importe, mais pliez-vous !  » Faites pas ça.

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